Le chemin avant le sommet
L’été est, pour beaucoup, la saison des randonnées. Les sentiers retrouvent leurs marcheurs, les sommets attirent les plus courageux et les refuges deviennent des étapes où l’on partage bien plus qu’un simple repas. Quiconque pratique la montagne sait pourtant qu’une ascension commence bien avant les premiers pas. Elle débute autour d’une carte, dans l’observation attentive du relief, dans l’étude de la météo, dans l’évaluation des capacités du groupe et, surtout, dans le choix d’un itinéraire.
Cette préparation n’a rien d’accessoire. Elle conditionne la réussite de l’ascension. Un sommet peut être parfaitement accessible, mais devenir hors d’atteinte si le chemin retenu ne correspond ni aux conditions du moment ni aux personnes qui devront l’emprunter. Les montagnards expérimentés le savent : ce n’est pas l’objectif qui détermine la réussite d’une course, mais la pertinence du chemin choisi pour y parvenir.
Ce que les organisations oublient parfois
Je suis souvent frappé par le contraste avec le fonctionnement de nombreuses organisations.
Dans l’entreprise, nous consacrons beaucoup d’énergie à définir les objectifs. Les plans stratégiques se succèdent, les indicateurs se précisent, les calendriers se construisent et les ambitions s’affichent avec une remarquable clarté. Nous savons généralement où nous voulons aller. En revanche, nous prenons plus rarement le temps de nous interroger sur le chemin que nous proposons à celles et ceux qui devront concrètement faire vivre ces ambitions.
Le rythme est-il soutenable ? Les compétences sont-elles réellement présentes ? Les moyens sont-ils à la hauteur des attentes ? Les étapes intermédiaires permettent-elles de progresser avec confiance ? Les managers disposent-ils du temps nécessaire pour accompagner leurs équipes ? Les collaborateurs comprennent-ils le sens de la trajectoire qui leur est proposée ?
Ces questions paraissent parfois secondaires. Elles sont pourtant essentielles.
Car une organisation n’avance jamais sur un tableau de bord. Elle progresse grâce à des femmes et des hommes qui interprètent les décisions, s’adaptent aux imprévus, coopèrent, doutent parfois, se soutiennent souvent et cherchent, au quotidien, le meilleur équilibre entre performance et engagement. Ignorer cette réalité revient à croire qu’une randonnée se résume au trait tracé sur une carte.
Savoir adapter sa trajectoire
La montagne enseigne également une autre forme de sagesse. Lorsque les conditions changent, l’itinéraire peut évoluer. Un passage devenu instable conduit parfois à emprunter un autre sentier. Une météo défavorable impose de ralentir, d’attendre ou de renoncer temporairement à un sommet pourtant tout proche. Personne n’y voit un manque de détermination. Au contraire. Adapter sa trajectoire est souvent le signe d’une bonne lecture du terrain et d’une connaissance lucide de ses responsabilités.
Dans les organisations, cette capacité d’adaptation est parfois plus difficile à accepter. Modifier un projet, repousser une échéance ou revoir une décision peut être perçu comme un renoncement. Pourtant, les entreprises qui traversent durablement les transformations ne sont pas celles qui poursuivent obstinément une trajectoire devenue inadaptée. Ce sont celles qui savent relire leur environnement, écouter les signaux faibles et ajuster leur chemin sans perdre de vue leur destination.
Prendre de la hauteur
Peut-être est-ce là l’une des plus belles leçons que nous offre la montagne.
Elle nous rappelle que la réussite d’une ascension ne dépend pas uniquement de la hauteur du sommet. Elle tient surtout à la qualité des choix effectués tout au long du parcours, à la capacité d’observer avant d’agir, d’anticiper plutôt que de subir et d’accepter qu’il existe parfois plusieurs chemins pour atteindre un même objectif.
Le management pourrait sans doute s’inspirer davantage de cette philosophie. Les organisations parlent volontiers de vision, d’ambition ou de performance. Elles gagneraient peut-être à consacrer autant d’attention aux conditions qui permettront réellement à leurs équipes de progresser ensemble.
Au fond, les meilleurs managers ressemblent peut-être davantage aux montagnards expérimentés qu’aux conquérants pressés. Ils savent que le sommet est important, mais que c’est le chemin qui détermine, le plus souvent, la réussite de l’ascension.
À l’approche des vacances, nombreux seront ceux qui retrouveront le plaisir des sentiers de montagne. Je leur souhaite d’atteindre le sommet qu’ils se sont fixé. Mais je leur souhaite surtout de prendre le temps d’observer le chemin qui les y conduira.
Cette réflexion dépasse largement le cadre de la randonnée. Elle nous rappelle que, dans la vie professionnelle comme en montagne, la qualité d’une trajectoire vaut souvent davantage que la vitesse avec laquelle on cherche à atteindre son objectif.
Parce que les meilleures décisions naissent souvent d’une prise de recul, je partage régulièrement quelques réflexions inspirées des missions que nous conduisons auprès des entreprises. Elles ne prétendent pas détenir la vérité ; elles ont simplement vocation à nourrir le regard porté sur les femmes, les hommes et les organisations.
Grégoire MATIVON | Dirigeant | ACD CONSULTING
Cabinet de conseils RH • Recrutement • Management • Bilan de compétences • QVCT • Prévention des RPS